Bretons et Vendéens
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"Le royalisme est une force avec laquelle il faudra compter dans l'avenir"
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"Le royalisme est une force avec laquelle il faudra compter dans l'avenir"
Par Hortense Paillard / La République des Lettres, mercredi 17 novembre 2010.
Dominique Strauss-Kahn est né le 25 avril 1949
à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Son père, Gilbert Strauss-Kahn est Conseiller juridique et fiscal, sa mère, Jacqueline Fellus, est journaliste et assureur. En 1955, la famille s'installe à
Agadir (Maroc) mais elle quitte le pays en 1960 à la suite d'un tremblement de terre. Elle séjourne quelques mois à Monaco avant de regagner Paris.
Après le Lycée de Monaco et le Lycée Carnot de Paris, Dominique Strauss-Kahn intègre l'École des Hautes Études Commerciales (HEC) puis l'Institut d'Études Politiques (IEP) et l'Institut de
Statistiques de l'Université de Paris (ISUP). Il décroche une Licence en droit public ainsi qu'un doctorat et une agrégation en sciences économiques, mais il est recalé au concours d'entrée à
l'École Nationale d'Administration (ENA).
De 1977 à 1980, il enseigne l'économie comme Maître de conférences à l'Université de Nancy II tout en occupant parallèlement un poste de Conseiller scientifique auprès de l'Institut National de
la Statistique et des Etudes Économiques (INSEE).
En 1981, Dominique Strauss-Kahn prend la direction du Centre d'Études et de Recherches sur l'Épargne (CEREPI) du CNRS. Il y travaille avec Denis Kessler, qui deviendra plus tard l'un des grands
patrons des sociétés françaises d'assurance (PDG notamment du groupe d'assurance SCOR), vice-président du MEDEF et, en 2008, Président du très select club de rencontres des élites françaises
Le Siècle. Les deux hommes publieront ensemble en 1982 L'épargne et la retraite (Éditions Economica).
Entre-temps, après un court passage au CERES de Jean-Pierre Chevènement et Georges Sarre, Dominique Strauss-Kahn commence à militer au Parti Socialiste où il se lie d'amitié avec Lionel Jospin,
futur Premier Secrétaire du parti lorsque François Mitterrand deviendra Président de la République en 1981. En 1982, il intègre le Commissariat général au Plan dont il devient successivement Chef
du service du financement (1982-84) puis Commissaire général adjoint (1984-86).
En 1983, Dominique Strauss-Kahn entame véritablement sa carrière politique au sein du Parti Socialiste dont il devient Membre du comité directeur. Il donne parallèlement des cours d'Économie à
l'Université de Paris X-Nanterre, à HEC, à l'ENA et à l'IEP de Paris.
En 1986, il est élu Député de Haute-Savoie puis en 1988 Député de la 8e circonscription du Val d'Oise (Sarcelles) où vit une importante communauté juive qui le soutient activement. De 1988 à 1991
il préside la Commission des finances de l'Assemblée Nationale. En charge des finances du PS, il devient Secrétaire national du parti, chargé des études et du programme (1986-1988), puis de
l'économie et des finances (1988-1989).
En 1991, il est nommé Ministre délégué à l'Industrie et au Commerce extérieur auprès du ministre de l'Economie et des Finances dans le gouvernement d'Edith Cresson. La même année il épouse, en
troisième noces, la journaliste de télévision Anne Sinclair-Rosenberg, animatrice de l'émission politique Sept sur Sept sur TF1.
En 1992, il conserve son portefeuille de ministre délégué dans le nouveau gouvernement de Pierre Bérégovoy mais il le perd l'année suivante, en même temps que son siège de Député, lors des
élections législatives. Il s'inscrit alors au Barreau de Paris, crée le Cabinet DSK Consultants et exerce comme avocat d'affaires dans le privé. Il traite de multiples "dossiers confidentiels"
qui lui assurent à l'époque de très hauts revenus, selon Vincent Giret et Véronique Le Billon, auteurs des Vies cachées de Dominique Strauss-Kahn.
Michel Rocard, nouveau Premier Secrétaire du Parti Socialiste, lui confie la présidence du "Groupe des Experts du PS". En 1994, entré au "Cercle de l'Industrie" à la demande de Raymond Lévy,
alors PDG de Renault, il en devient le vice-président et y cotoie nombre de grands patrons amis de Nicolas Sarkozy comme entre autres Vincent Bolloré et Louis Schweitzer. Installé à Bruxelles, le
lobby qu'il dirige a pour mission de défendre les intérêts des grands groupes industriels auprès des instances européennes.
En 1995, Dominique Strauss-Kahn est élu maire de Sarcelles. En 1997, il est réélu Député du Val-d'Oise et devient Ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie dans le gouvernement de
Lionel Jospin. Il devient également Conseiller régional d'Ile-de-France aux côtés de Jean-Paul Huchon (fonction qu'il occupera jusqu'en 2001). Lors de son mandat de Ministre des finances, il mène
une politique de droite. Il met en place une vague massive de privatisations d'entreprises publiques, dont celle du secteur aérospatial et de France Telecom, initie la création du COR dont
l'objectif est de réviser le système des retraites et abroge la loi Thomas sur la régulation des Fonds de pension.
En 1999, il doit abandonner son fauteuil ministériel après avoir été mis en cause dans plusieurs affaires judiciaires, dont celle sur les emplois fictifs et l'enrichissement personnel des
dirigeants de la Mutuelle Nationale des Étudiants de France (MNEF). Un épisode du dossier Elf lié au Cercle de l'Industrie vient s'ajouter à ses déboires judiciaires. Il est aussi accusé d'avoir
échangé une cassette vidéo mettant en cause un collecteur de fonds du RPR, Jean Claude Mery, contre une remise de 50 millions de francs de pénalités de fiscales au couturier Karl Lagerfeld, puis
d'avoir ensuite menti à la Justice en déclarant qu'il avait "égaré" la cassette.
Avant même son départ de Bercy, de nombreuses grandes entreprises lui proposent du travail. Il reprend son activité d'avocat lobbyiste, devient Président du Comité national pour le passage à l'an
2000 et du Comité d'orientation scientifique de la Fondation Jean-Jaurès, Conseiller spécial de l'OCDE et Directeur de recherche à la Fondation Nationale des Sciences Politiques (FNSP).
Après un non-lieu prononcé en 2001, il se représente à une législative partielle et regagne en 2002 son siège de député de la 8e circonscription du Val-d'Oise. À l'Assemblée Nationale, il est
inscrit dans le groupe Socialiste, Radical, Citoyen et Divers gauche (SRC) et participe aux travaux de la Commission des Affaires étrangères. En 2005, il redevient Secrétaire national du PS,
chargé des élus, et travaille notamment avec Martine Aubry et Jack Lang au projet socialiste pour les élections présidentielles de 2007. Il préconise pour la France une sorte de nouveau deal
négocié avec les travailleurs afin de doper la croissance économique.
Aux côtés de Jean-Christophe Cambadélis, il prend la direction du courant "Socialisme et démocratie", fonde le cercle de réflexion "À gauche en Europe" et défend activement le "Oui" au projet de
Traité de Constitution européenne. La même année il crée un blog et annonce officiellement être "candidat à la candidature" pour représenter le PS aux élections présidentielles. Il est battu lors
des primaires socialistes de 2006, ne recueillant que 20% des voix contre plus de 60% pour Ségolène Royal.
Après l'élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République, Dominique Strauss-Kahn, qui avoue après coup ne pas adhèrer au programme officiel du PS, appelle les militants socialistes à
s'engager résolument vers une voie plus européenne et plus libérale. Dans l'un de ses ouvrages, il exhorte même le PS à abandonner définitivement la défense du prolétariat pour accéder au
pouvoir.
En juin 2007, Dominique Strauss-Kahn se représente à l'élection législative dans la huitième circonscription du Val-d'Oise. Sa rivale UMP, l'avocate Sylvie Noachovitch, crée la surprise lors du
du premier tour en arrivant en tête avec 37,37% des suffrages. La semaine suivante, le Canard enchaîné et un journaliste de RTL, Nicolas Poincaré, révèlent qu'elle aurait tenu
en privé des propos racistes particulièrement nauséabonds. DSK remporte l'élection haut la main lors du second tour (Nicolas Poincaré, poursuivi en justice par Sylvie Noachovitch, sera lui
condamné par la Cour d'appel de Paris à verser à cette dernière 1 euro de dédommagement pour avoir rapporté ses propos litigieux sans preuve).
À la fin de l'année 2007, activement soutenu par Nicolas Sarkozy et Jean-Claude Juncker (Président de l'Eurogroupe), DSK succède à Rodrigo de Rato à la tête du Fond Monétaire International (FMI),
avec un salaire annuel de plus de 315.000 euros.
Nommé pour cinq ans à ce poste, il promet de relégitimer l'institution dont la mission est de prêter de l'argent aux pays pauvres en échange de programmes économico-politiques ultralibéraux. Il
prône une accélération de la mondialisation financière et souhaite que le FMI et la Banque mondiale coiffent plus largement les pays en voie de développement. Mais moins d'un an après son
arrivée, il fait l'objet d'un scandale comparable à celui qui a abrégé la carriére de Paul Wolfowitz (bras droit de George W. Bush et ancien dirigeant de la Banque Mondiale).
Notoire coureur de jupons, Dominique Strauss-Kahn est en effet soupçonné d'avoir puisé dans les caisses du FMI pour favoriser son ex-collaboratrice, une certaine Piroska Nagy, devenue sa
maitresse. Il ne nie pas cette relation adultère et présente publiquement ses excuses à son épouse et au personnel du FMI mais nie tout abus de pouvoir. Nicolas Sarkozy et de nombreuses
personnalités françaises de droite se mobilisent pour le défendre. Quelques jours plus tard, après une enquête expresse, le FMI publie un communiqué qui "innocente" son directeur, tout en
soulignant toutefois qu'il a commis des actes "regrettables reflétant une grave erreur de jugement".
Malgré son appartenance au Parti Socialiste, Dominique Strauss-Kahn est incontestablement un homme de droite, néo-conservateur et ultra-libéral. Grand bourgeois proche du patronat et de la Haute
Finance, ses propositions, que ce soit en matière de politique sociale, économique ou étrangère, sont très proches de celles de Nicolas Sarkozy.
Dans un entretien croisé avec ce dernier (publié fin 2006 par la revue Le Meilleur des Mondes, organe des néoconservateurs français), il s'est exprimé sur ces sujets en s'affichant très
proche des doctrines sarkozystes, notamment en matière de communautarisation de la vie publique française.
Lors de la crise financière mondiale de 2008, les deux hommes s'expriment de la même façon, préconisant le sauvetage urgent des banques fautives et un contrôle accru des activités financières.
Nicolas Sarkozy ne cache pas alors que son "ami de gauche" pourrait entrer au gouvernement s'il le souhaitait, ou participer à son équipe de conseillers aux côtés de l'ultralibéral Alain Minc,
proche des deux hommes.
À l'occasion, DSK n'hésite d'ailleurs pas à lui donner quelques coups de main, comme entre autres sur le sujet de l'âge du départ à la retraite, une "réforme" brutale imposée par Nicolas Sarkozy
dans la précipitation et sans aucune négociation. En mai 2010, DSK prend notamment ses distances sur le sujet avec le Parti Socialiste en estimant qu'il n'y a "pas de dogme établi" et que
puisqu'on "vit cent ans, on ne va pas continuer à avoir la retraite à 60 ans" (Interview sur France 2 du 20/05/2010). Quelques mois plus tard, à l'automne 2010, alors que les syndicats
-- soutenus par plus de 70% des Français -- organisent grèves et manifestations, un très opportun rapport du FMI largement exploité par l'Elysée préconise "une hausse de deux ans de l'âge légal
de la retraite".
En novembre 2010, reçu à l'Elysée par Nicolas Sarkozy dans le cadre de consultations pour la présidence française du G20, le président du FMI félicite chaleureusement son hôte, jugeant son
programme "ambitieux" et "prometteur" et estimant que le rôle du FMI était désormais de de servir de boîte à outils au G20. De son côté, Nicolas Sarkozy déclare dans une intervention à la
télévision, qu'il a "beaucoup de considération" pour Dominique Strauss-Kahn et qu'il fait "parfaitement son travail".
Concernant le Proche-Orient, après avoir soutenu la guerre américaine contre l'Irak, Dominique Strauss-Kahn est partisan d'une attaque militaire contre l'Iran. Militant sioniste et fervent
lobbyiste pro-israélien -- autre point de convergence avec Nicolas Sarkozy -- il défend systématiquement les thèses et les crimes commis par Israël dans les conflits du Proche-Orient.
Sans se déclarer officiellement candidat, Dominique Strauss-Kahn, même tenu par le devoir de réserve de sa fonction dont le mandat court jusqu'à l'automne 2012, ne cache pas qu'il souhaite se
présenter à l'élection présidentielle d'avril 2012. À cet effet, son équipe de communication issue de Euro RSCG (entre autres Stéphane Fouks et Gilles Finchelstein) crée régulièrement le buzz
dans les médias nationaux afin de préparer l'opinion française à sa candidature.
Au printemps 2010, une impressionante couverture médiatique est ainsi consacrée au patron du FMI et d'innombrables vrai-faux sondages aux questions truquées le présentent artificiellement comme
le candidat de gauche favori des Français, loin devant Martine Aubry et Ségolène Royal. Du Monde au Figaro en passant par Libération et France 2,
l'establishment politico-médiatico-économique présente l'ultralibéral Dominique Strauss-Kahn comme le plus "crédible" des représentants de "la gauche social-démocrate", le seul "socialiste"
réellement capable de remplacer Nicolas Sarkozy à l'Elysée en 2012. Un livre soit-disant critique, DSK, Les secrets d'un présidentiable, signé du pseudonyme de Cassandre, à l'évidence
concocté par son entourage, paraît même en mai 2010. Pour lui donner de la stature et créer l'effervescence autour de sa personne, pas moins de cinq autres essais biographiques sont en outre
programmés pour alimenter les librairies et le discours médiatico-politique au cours de l'année 2010.
En réalité, s'il jouit d'une certaine popularité dans la "France d'en haut", Dominique Strauss-Kahn, avec son côté grand bourgeois "bling bling", semble loin de faire l'unanimité dans les milieux
populaires. Dans son propre camp tout semble au contraire montrer qu'il risque un sérieux échec s'il se présente aux primaires socialistes. Hormis quelques soutiens isolés, la gauche ne se voit
en effet pas porter à l'Elysée ce frère siamois de Nicolas Sarkozy, ami des banquiers et patron d'un FMI ultra-capitaliste dont les plans d'austérité imposés par la force à de nombreux pays de la
planète, y compris en Europe (cf le plan de rigueur grec), entraînent partout la suppression des acquis sociaux et un surcroît de misère. DSK, patron de ce FMI honni par les peuples,
n'hésite d'ailleurs pas à en rajouter dans la provocation, nommant par exemple en octobre 2010 l'économiste portugais Antonio Borges à la tête de son département Europe, en dépit du fait que ce
dernier était l'un des responsables de la banque d'affaires Goldman Sachs, en partie responsable de la crise financière mondiale de 2008.
Père de quatre enfants, Dominique Strauss-Kahn est passionné par les nouvelles technologies de l'information et pratique volontiers le ski et les échecs. Il vit actuellement à Washington
(Etats-Unis) mais vient souvent à Paris et passe régulièrement ses vacances à Marrakech (Maroc) où il est propriétaire d'un riad.
Il est l'auteur de La richesse des Français (1977), Economie de la famille et accumulation patrimoniale (1977), L'épargne et la retraite (1982), La Flamme et la
Cendre (2002), Oui ! Lettre ouverte aux enfants d'Europe (2004) et 365 jours, journal contre le renoncement (2006).
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