Vendredi 3 juillet 2009
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On peut prévoir, dans les décennies à venir, une revanche des autres
Même si ce n'est pas directement le sujet de votre livre, il ressort de celui-ci, au-delà des analyses
géopolitiques, une philosophie de l'His¬toire bien particulière... Ma géopolitique est au fond assez na¬turaliste. Elle puise des clés d'explication dans la Nature. Cette nature dans laquelle les
groupes ou clans d'animaux supérieurs (singes, loups, etc.) sont gouvernés par deux instincts supérieurs fondamentaux: l'instinct de territoire et l'instinct de hiérarchie. Deux instincts qui se
rattachent au fond à la logique de l'être et qui sont à la fois permanents et pri¬mordiaux (ils priment sur les autres instincts, dits secondaires). Les ins¬tincts secondaires sont les instincts
épisodiques de nourriture et de repro¬duction. Cette distinction dans la nature entre instincts supérieurs et secondaires est complétée par la dis¬tinction entre individus dominants et individus
dominés. Les premiers sont caractérisés justement par leur dé-vouement aux instincts supérieurs, les seconds par leur aliénation aux seuls instincts secondaires. Et il est essentiel de remarquer
que les groupes d'ani¬maux supérieurs comptent toujours des dominants et des dominés, cela dans des proportions quasiment iden¬tiques quelles que soient les espèces vivantes supérieures.
Or les sociétés humaines, certes infi¬niment supérieures, n'en obéissent pas moins à ces règles. Dire cela n'est pas rabaisser les hommes. L'animal domi¬nant est capable souvent de compor-tements
nobles, plein de courage et de sacrifice au service de son groupe.
Dans chaque société identifiée, c'est-à-dire caractérisable par une identité ethnique et culturelle (reli¬gion, système de pensée), des domi¬nants font l'histoire en soulevant et en orientant la
masse dominée. Chacune de ces sociétés se bat pour le contrôle d'un territoire et pour affirmer un rang hiérarchique. Les civilisations euro¬péennes et asiatiques se sont ainsi toujours battues
pour arracher la primauté. Au cours des cinq derniers siècles, ce sont les Européens qui eurent la main sur l'histoire. Mais ils sont en train de perdre cette main... Pour quelle raison
perdent-ils progressivement la main? Parce qu'en eux ont triomphé des idéologies qui ont abaissé les instincts supérieurs de territoire et de rang au profit des instincts secondaires, c'est à
¬dire au profit du règne de la Matière.
Ce qui n'est pas nouveau, c'est que les domi¬nés sont gouvernés par les instincts secondaires. Cela a toujours été et dans toutes les civilisations. L'Asiatique moyen ou le Russe moyen
d'aujourd'hui ne sont pas moins matérialistes que l'Européen moyen. Mais ce qui est en train de faire la différence, c'est qu'au sein des élites d'Asie et de Russie, et contrairement aux élites
européennes, les dominants ne se battent pas seulement pour l'avoir; ils se battent pour l'être, c'est-à-dire pour le prestige de leur peuple et de leur civi¬lisation. Leur combat n'est pas
entravé par les idées universalistes et compassionnelles qui ont affaibli les Européens. Autrement dit: dans les civilisations qui montent, les dominants s'assument en tant que tels et c'est ce
qui donne à l'Européen oublieux cette impression que les civilisations montantes sont cruelles. La décadence des Européens tient au fait qu'ils sont arrivés à un tel degré de refus de la
hié¬rarchie naturelle entre dominants et dominés qu'ils ont permis aux instincts secondaires d'affaiblir considérablement les instincts supérieurs. Les expressions de l'inversion sont d'ailleurs
multiples: elles vont de la féminisa¬tion des comportements jusqu'à la négation de toute méritocratie.
1. Géopolitique, constantes et changements dans l'histoire, 31 éd., Ellipses, 1050 p., 2007.
2. Le 5 février 2009, Aymeric Chauprade a été bru¬talement évincé de ses fonctions au CID. (Collège Interarmées de Défense…autrefois l’Ecole de Guerre !) Extrait d’un entretien avec Aymeric
CHAUPRADE paru dans La Nouvelle Revue d’Histoire N° 41 (mars-avril 2009) (NRH 88 avenue des Ternes 75017 PARIS) tel :01.40.54.01.70.
Par URBVM
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Publié dans : Société
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